Manon Uffren a longtemps été identifiée comme milieu offensive, meneuse de jeu au pied gauche précis, formée entre Montpellier et les divisions inférieures françaises. Depuis son départ vers la Serie A féminine et Parme, la question posée par son parcours a changé de nature : peut-on mesurer l’impact d’un repositionnement tactique complet sur le rendement offensif d’une joueuse de 27 ans, et cette transformation suffit-elle à ouvrir la porte de l’équipe de France ?
Glissement de poste à Parme : ce que le passage en Serie A modifie concrètement
Au FC Nantes, Manon Uffren occupait un rôle de milieu de terrain, souvent positionnée entre les lignes avec un volume défensif non négligeable. Elle a disputé l’intégralité des sept premières journées d’Arkema Première Ligue lors de la saison 2024-2025, récompensée par le titre de meilleure joueuse d’octobre avec 43,9 % des suffrages.
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Son transfert à Parme a changé la donne tactique. Le staff italien l’utilise dans un rôle nettement plus avancé, alternant entre plusieurs positions sur un même match.
- Faux 9, dos au but, avec un travail de remise et d’appel court pour les ailières
- Ailière intérieure, partant d’un couloir pour couper vers l’axe et frapper du gauche
- Numéro 10 libre entre les lignes, décrochant pour créer le surnombre au milieu
Ce repositionnement d’un rôle de milieu offensive vers une attaquante totale structure sa progression récente. Le jeu dos au but, le pressing dirigé haut sur les relances adverses et la capacité à jouer entre les lignes dans des espaces réduits sont des compétences qu’elle a dû acquérir ou affiner en Serie A.
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Comparaison des rôles : FC Nantes contre Parme en Serie A féminine
Le tableau ci-dessous synthétise les différences de profil entre ses deux dernières expériences, sur la base des informations disponibles concernant son utilisation tactique.
| Critère | FC Nantes (Arkema Première Ligue) | Parme (Serie A féminine) |
|---|---|---|
| Poste principal | Milieu offensive / meneuse de jeu | Attaquante polyvalente (faux 9, ailière intérieure, 10) |
| Zone d’influence | Entre les lignes, en retrait de l’attaque | Dans et autour de la surface adverse |
| Pressing | Participation au bloc médian | Pressing haut dirigé sur les relances |
| Jeu dos au but | Occasionnel | Régulier, pivot pour les ailières |
| Reconnaissance institutionnelle | Joueuse du mois d’octobre 2024 | Buts remarqués, visibilité internationale accrue |
L’écart le plus visible concerne la zone d’influence. À Nantes, elle dictait le tempo depuis le cœur du jeu. À Parme, elle opère désormais dans le dernier tiers du terrain, ce qui augmente mécaniquement ses situations de frappe et ses interactions directes avec la défense adverse.
Un pied gauche exploité différemment
Sa qualité de frappe du gauche était déjà identifiée dès ses années à Montpellier, où les observateurs notaient un tir aussi puissant que précis. En Serie A, cette qualité sert un registre offensif direct : frappes en coupant depuis le côté droit, enroulés depuis l’entrée de la surface, penalties potentiels.
À Nantes, ce même pied gauche alimentait surtout des passes longues et des changements de jeu. Le championnat italien a converti un atout de construction en arme de finition.
Manon Uffren et l’équipe de France : la question de la convocation
Plusieurs observateurs ont explicitement lié ses performances offensives à Parme à une éventuelle convocation en équipe de France féminine d’ici 2026. La hausse nette de son volume de buts et de passes décisives par rapport à ses saisons en D2 française constitue un argument concret.
Le profil manquant chez les Bleues n’est pas celui d’une milieu créatrice classique, poste où la concurrence reste dense. En revanche, une attaquante capable de jouer en faux 9 et en ailière intérieure répond à un besoin tactique que peu de joueuses françaises combinent actuellement.
Ce que la Serie A apporte en termes de visibilité
Évoluer en Italie place Uffren dans un championnat suivi par les scouts internationaux et les staffs de sélection de manière plus systématique que la D2 française. Les buts spectaculaires qu’elle y inscrit circulent largement sur les réseaux sociaux, ce qui alimente une visibilité que ses saisons nantaises, malgré la distinction de joueuse du mois, n’atteignaient pas.
Ce facteur d’exposition ne remplace pas la performance brute, mais il crée les conditions pour qu’un sélectionneur intègre son nom dans une liste élargie.

Parcours de formation et adaptation tactique : d’Avignon à la Serie A
Née à Avignon dans une famille où le football structure le quotidien (son père présidait le club d’Eygalières), Manon Uffren a intégré le centre de formation du MHSC très jeune. Elle y a développé sa vision du jeu et sa qualité de passe, deux attributs qui l’ont longtemps cantonnée au rôle de meneuse.
Son passage par l’AS Saint-Étienne en prêt, puis son arrivée au FC Nantes en janvier 2024, ont progressivement élargi son registre. Chaque étape a ajouté une couche de compétences :
- Montpellier : technique individuelle, lecture du jeu, qualité de passe
- Saint-Étienne : découverte d’un environnement plus compétitif en D2, volume physique
- FC Nantes : responsabilités offensives accrues, titularisation régulière en Première Ligue
- Parme : conversion vers un rôle d’attaquante polyvalente, exposition internationale
Cette trajectoire montre une joueuse qui n’a pas attendu un transfert prestigieux pour progresser. Chaque club a servi de levier pour élargir son répertoire tactique, un processus rarement aussi lisible dans le football féminin français.
Uffren en Serie A féminine : un cas d’étude pour les joueuses françaises à l’étranger
Le choix de partir en Italie plutôt que de viser un club du haut de tableau français (Lyon, Paris) traduit une stratégie de développement par le temps de jeu et la responsabilité offensive. À Parme, elle n’est pas un complément de rotation : elle porte une part significative de la production offensive de l’équipe.
Ce type de choix de carrière, encore marginal chez les joueuses françaises, pourrait devenir un modèle si ses performances continuent de progresser et que la convocation en Bleues se concrétise. Le passage par un championnat étranger comme accélérateur de carrière est un schéma bien documenté chez les hommes, encore rare côté féminin.
La saison en cours à Parme servira de test décisif. Si Uffren maintient son rendement offensif et continue d’afficher cette polyvalence entre faux 9 et ailière, le débat sur sa place en sélection passera du conditionnel au factuel.

