Comment Maryse Ewanje Epee a révolutionné le 100 m’haies français ?

Maryse Éwanjé-Épée est d’abord connue pour ses records de France en saut en hauteur et sa quatrième place aux Jeux Olympiques de Los Angeles. Son parcours dans le 100 m haies et l’heptathlon, souvent relégué au second plan, a pourtant posé les bases techniques d’une discipline qui manquait de repères en France au début des années 1980.

Polyvalence technique : du 100 m haies à la hauteur, un parcours atypique

Avant de se spécialiser dans le saut en hauteur, Maryse Éwanjé-Épée a été championne de France de 100 m haies et d’heptathlon. Cette polyvalence n’était pas un détour : elle traduisait une maîtrise du franchissement, de la coordination et du rythme entre les obstacles qui allait nourrir toute sa carrière.

A découvrir également : Les cinq joueurs favoris du public français cette année

Dès 1981, à 16 ans, elle participe aux championnats d’Europe junior d’Utrecht en heptathlon. Durant l’épreuve, elle bat huit records sur huit, un signal précoce de son aptitude à performer sur des enchaînements techniques complexes. Entre 1982 et 1985, elle accumule les titres nationaux chez les jeunes en saut en hauteur, 100 m haies, saut en longueur et heptathlon.

Entraîneuse d'athlétisme française expliquant une technique de haies à une jeune sprinteuse dans une salle d'entraînement

A découvrir également : Comment lire le Classement A League 2026 comme un expert ?

Ce qui distingue ce parcours, c’est que la technique de franchissement des haies a directement alimenté son saut en hauteur. Le travail du pied d’appel, l’attaque de la haie, la gestion de la fréquence de foulée entre les obstacles : ces compétences se sont transférées vers le saut, où la phase d’impulsion et la coordination haut-bas du corps sont déterminantes.

Rythme entre les haies et coordination : l’apport pédagogique de Maryse Éwanjé-Épée

Après sa carrière de compétitrice, Maryse Éwanjé-Épée a joué un rôle d’appui technique auprès de jeunes spécialistes des haies au sein des structures fédérales, notamment l’INSEP et les pôles France. Son travail portait sur deux axes précis : le rythme entre les haies et la coordination entre le haut et le bas du corps pendant le franchissement.

Ces deux paramètres sont au coeur de la performance sur 100 m haies. Le rythme désigne la régularité et la vitesse des appuis entre chaque obstacle. Une variation de quelques centièmes dans la pose du pied d’appel modifie l’angle d’attaque de la haie suivante et peut coûter plusieurs dixièmes sur la course complète.

La coordination haut-bas, elle, conditionne l’équilibre en l’air. Un buste trop redressé ou un bras mal placé ralentit la reprise de course après le franchissement. Maryse Éwanjé-Épée transmettait ces principes à partir de son expérience de hurdler et de sauteuse, deux disciplines où l’alignement du corps dans la phase aérienne est critique.

Ce que cette transmission a changé concrètement

La dimension de « passeuse de savoirs » est rarement documentée dans les biographies classiques, qui se concentrent sur son palmarès en hauteur. Son intervention auprès des pôles France a contribué à structurer une approche technique du 100 m haies français à une époque où la discipline féminine manquait de cadres ayant eux-mêmes pratiqué à haut niveau.

Consultante athlétisme : éduquer le regard du public sur le 100 m haies

Le second levier d’influence de Maryse Éwanjé-Épée sur la discipline passe par ses interventions régulières comme consultante lors des grandes compétitions d’athlétisme, notamment sur France Télévisions. Son approche a systématisé un vocabulaire technique accessible au grand public pour décrypter les courses de haies.

Trois notions revenaient dans ses analyses :

  • L’attaque de la haie, c’est-à-dire la manière dont la jambe avant aborde l’obstacle, qui détermine la fluidité du passage.
  • La fréquence de foulée entre les haies, paramètre qui distingue les coureuses capables de maintenir le même nombre d’appuis sur toute la course.
  • Le travail du pied d’appel, dont la précision de pose conditionne la trajectoire de franchissement et la reprise immédiate de vitesse.

Plusieurs athlètes français ont indiqué que ces commentaires avaient « éduqué leur regard » sur la discipline. Pour des hurdlers en formation, entendre une ancienne spécialiste décortiquer en direct les facteurs de performance crée un cadre de référence technique qui dépasse le simple spectacle sportif.

Objets souvenirs de l'athlétisme français posés sur un bureau en bois, dossard, médaille et photo de haies en noir et blanc

Maryse et Monique Éwanjé-Épée : deux soeurs, deux disciplines, un héritage commun

Monique Éwanjé-Épée, soeur de Maryse, a été elle-même athlète de haut niveau sur 100 m haies. Cette configuration familiale a produit un effet singulier sur l’athlétisme français : deux expertes du franchissement issues du même environnement, chacune apportant un regard complémentaire sur la discipline.

Monique, dans un entretien de février 2025, décrivait son parcours en soulignant l’importance de l’entourage dans la construction d’une carrière de haut niveau. La proximité avec Maryse, spécialisée dans le saut mais formée aux haies, a créé un échange technique permanent entre les deux disciplines. Ce dialogue entre hauteur et haies, entre rythme de course et phase d’impulsion, a nourri une vision du franchissement plus complète que celle d’une spécialiste unique.

Leur double présence dans le paysage de l’athlétisme français a aussi contribué à donner une visibilité durable au 100 m haies féminin, à une période où cette épreuve recevait moins d’attention médiatique que le sprint plat ou les sauts.

Un héritage technique plus qu’un palmarès sur 100 m haies

Le record de France de saut en hauteur porté à 1,95 m en salle lors des championnats d’Europe de Göteborg, la médaille d’argent derrière Ulrike Meyfarth, la quatrième place aux Jeux Olympiques de Los Angeles : ces résultats ont fixé la notoriété de Maryse Éwanjé-Épée dans le saut. Sa contribution au 100 m haies français est d’une autre nature.

Elle tient dans la formation technique de jeunes hurdlers via les structures fédérales, dans la diffusion d’un langage technique par le commentaire sportif, et dans l’exemple d’un parcours où la polyvalence entre haies et saut a enrichi les deux disciplines. L’athlétisme français des haies lui doit moins un palmarès qu’une méthode et une culture technique transmises sur plusieurs générations.

D'autres articles sur le site